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Relever le défi du Living Building

17 avril 2024

Par Benoit Poirier

Viser l’obtention d’une certification Living Building Challenge est évidemment loin d’être une mince tâche. Des architectes montréalais en témoignent.

Éclose en 2006 sur la côte ouest nord-américaine, rappelons-le, la certification Living Building Challenge (LBC) est la plus rigoureuse jamais élaborée au chapitre du bâtiment et des projets durables. Basée sur le principe du biomimétisme et prenant la forme d’une fleur, elle n’est accordée que 12 mois après la livraison d’un projet « vivant » que l’on doit démontrer être inspiré de la nature et entièrement autosuffisant.

Les architectes Antonin Labossière et Justin Boulanger, respectivement associé et chargé de projets chez Rayside Labossière, ont bien saisi l’ampleur de la tâche lors de l’agrandissement de leur immeuble datant d’une vingtaine d’années, de surcroît pendant la récente pandémie.

Pour ces précurseurs du mouvement LEED au Québec, l’occasion de pousser un peu plus loin la quête de solutions durables s’est présentée lors de ce projet de construction. « C’était de l’exploration, c’était l’idée d’être un laboratoire, d’être bien au fait de cette certification et de pouvoir en parler en connaissance de cause », indique Antonin Labossière.

« Living Building Challenge est unique parce que c’est très, très, très poussé. C’est plus puriste et ça dit que, s’il y a quelque chose de mauvais dans un produit, on ne le met pas, point ! »

Tout ou rien

Si un matériau s’avère toxique à produire ou à recycler en fin de vie ou s’il a un effet néfaste sur les usagers, il est tout simplement proscrit. « À cause de ça, on peut écarter des choses comme le plomb. Tout le monde est d’accord pour ne pas l’utiliser. C’est facile. Mais on retrouve également le polychlorure de vinyle (PVC). C’est un matériau pas cher, très universel, très flexible. On l’utilise partout, partout. Alors, essayer de construire un projet sans PVC est extrêmement difficile », déplore Justin Boulanger, pour qui LBC manque parfois de réalisme.

Il en va de même en ce qui a trait aux sources d’énergie, qui doivent être optimales. Sans concession. « Nous avons couvert 50 % de notre toiture avec des panneaux solaires et nous avons réussi à atteindre 12 % des besoins du bâtiment. Alors, il aurait fallu mettre des panneaux chez nos voisins, car il n’y avait pas assez de place sur le terrain », commente le chargé de projet. Autre exemple et nonobstant de nombreuses discussions sur le sujet, LBC ne considère pas notre hydroélectricité comme une énergie renouvelable, Hydro-Québec étant un producteur commercial.

En revanche, elle contient plusieurs aspects que salue Benjamin Zizi, directeur technique pour Évaluations Écohabitation, consultant technique pour les services d’efficacité énergétique de l’organisme ainsi que formateur. « C’est vraiment la seule certification qui empêche de construire une maison en milieu humide ou sur un terrain non développé, cite-t-il en exemple. C’est une vision simple, mais pas simpliste, ni élitiste. C’est de voir comment est-ce que nous pouvons arriver, avec nos impératifs de vie modernes, à garder cette simplicité-là. » À ce chapitre, il avoue être impressionné par ce que Rayside Labossière réalise. « Ce sont toujours de super beaux projets avec une composante sociale qu’on ne retrouve pas chez tous les professionnels. »

Bien que peu de projets aient obtenu cette certification qui s’adresse à tous les types de bâtiments — à l’exception de projets plus modestes, question budget —, l’idée s’est répandue à travers le monde, comme une façon de mettre la barre plus haute. Peut-être un peu trop. Sans renier leurs intentions premières, les gestionnaires de la certification LBC ont diffusé une nouvelle version (Certification Core) qui se veut plus inclusive, en tenant compte que ce ne sont pas tous les promoteurs qui doivent faire face aux mêmes défis ou qui ont une proximité avec les mêmes ressources.

Les options de certification Living Building Challenge

Certification Living
La certification Living est destinée aux projets qui visent le plus haut niveau de santé, d'équité, de durabilité et de conception régénérative. Un projet obtient la certification Living en atteignant tous les impératifs assignés à sa typologie. Les 20 impératifs sont requis pour les nouveaux bâtiments. Les autres typologies sont exemptées de certains impératifs en fonction de la portée de la typologie.

Certification Core
La certification Core pose les bases holistiques de la performance d'un bâtiment qui peut être considéré comme durable. Elle exige la réalisation des 10 impératifs LBC de base.

Certification Petal
La certification Petal est destinée aux projets qui souhaitent approfondir un ou plusieurs domaines particuliers − ou Petal − du Living Building Challenge. Cette certification exige, au minimum, la réalisation des 10 impératifs LBC de base, en plus de la réalisation de tous les impératifs dans un ou plusieurs des domaines de l'eau, de l'énergie ou des matériaux.